mardi 15 janvier 2019

"Envoyé spécial" : Cacao, les enfants pris au piège

"Envoyé spécial" (France Télévision) a enquêté en Côte d'Ivoire sur le travail des enfants dans les plantations de cacao. 

Premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire « a déployé de réels efforts pour endiguer un fléau perçu comme une honte dans le pays. Des écoles ont été construites, les cultivateurs formés. Partout à la télévision, des avis rappellent que le travail des enfants est interdit. Pourtant, l’exploitation des enfants n’a pas disparu ».

Dans l’extrême ouest du pays près du Libéria, dans une forêt protégée située à huit heures de la capitale, le journaliste Paul Moreira a rencontré des enfants travaillant parfois pendant 5 ans… gratuitement sur des plantations clandestines, avant d’avoir eux-mêmes une petite parcelle qui leur permettra de gagner un peu plus de… 200 euros par an. 
Les enfants arrivent du Burkina Faso en bus à Guiglo. Ils sont vendus par leur parents pour environ 200.000 FCFA (300 euros), pour travailler dans le cacao. Environ, car, précise un trafiquant dans le reportage, : « Comme les moutons, ils n’ont pas tous le même prix ».
Des enfants parfois très jeunes se rencontrent sur les chemins des plantations avec des pulvérisateurs de produits chimiques sur le dos. Ils pulvérisent massivement du glyphosate sans aucune protection – ils n’en ont pas les moyens – pour désherber les parcelles, avant de mettre le feu aux arbres et planter des cacaoyers.  

 Envoyé spécial : Cacao, les enfants pris au piège


En une semaine à peine dans la forêt du Sud-Ouest de la Côte d’Ivoire, Paul Moreira a  « découvert tous les crimes que l’industrie s’était engagée à éradiquer : esclavage, travail des enfants et destruction de la nature ». Et les sacs de cacao provenant de cette zone protégée rentrent dans le circuit commercial classique du cacao. Il n’y a pas de traçabilité, les sacs ne portent pas d’étiquette et sont notamment livrés à Cargill, qui revend ensuite le cacao aux grandes marques de chocolat.


Ailleurs dans le pays, tous les enfants ivoiriens ne vont pas non plus à l’école. Les producteurs de cacao n’en ont souvent pas les moyens. Selon une étude de l’Agence française de Développement et Barry Callebaut [1], ils gagnent en moyenne 0,86 euros par jour. Le reportage rappelle que c’était trois fois plus dans les année ’80 et pose comme question : « Et si l’arme fatale pour arracher les enfants au travail des champs, c’était tout simplement d’augmenter le prix du cacao ? ». 

L’enquête de Paul Moreira et Pedro Brito Da Fonseca est disponible sur : https://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/economie-africaine/video-cacao-les-enfants-pris-au-piege_3134883.html

Pendant ce temps, alors que bon nombre de producteurs gagnent une misère, les profits des grands groupes ne faiblissent pas. Deux exemples parmi d’autres : le bénéfice net de Cargill a augmenté de 9% pour l’année fiscale 2017-2018 . «Les bénéfices ont augmenté dans les Food Ingredients & Applications, grâce à la performance exceptionnelle du cacao et du chocolat », selon le rapport annuel de la société [2]. De son côté, Barry Callebaut a vu son bénéfice net augmenter de 31%, durant la même période[3] 



1. Gaëlle Balineau (AFD) Safia Bernath (Barry Callebaut), Vaihei Pahuatini, Cocoa farmers’ agricultural practices and livelihoods in Côte d’Ivoire, Insights from cocoa farmers and community baseline surveys conducted by Barry Callebaut between 2013 and 2015, Technical notes, AfD.

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