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lundi 18 mai 2015
mardi 9 octobre 2012
Women in Wine : des productrices de vin équitable en Afrique du Sud
L'Afrique du Sud est l'un des principaux producteurs
de produits agricoles équitables dans le monde et le vin certifié Fairtrade
fait véritablement office de vitrine du commerce équitable sud-africain, de son
dynamisme et de la qualité de ses produits. Ces vins ont acquis aujourd'hui une
reconnaissance internationale réelle ainsi qu'en témoignent les nombreux prix
obtenus ces dernières années par certains des millésimes rouges, blancs et
pétillants produits par les viticulteurs certifiés Fairtrade.1
Ces indéniables succès ne doivent toutefois pas occulter la réalité raciale et sociale difficile du secteur viticole en Afrique du Sud. La viticulture demeure en effet l'un des pans de l'activité économique du pays où la politique de discrimination positive mise en place par le gouvernement dans le cadre du programme Black Economic Empowerment (BEE) a le plus de difficulté à donner des résultats concrets. En effet, "bien que la viticulture soit une industrie bien établie en Afrique du Sud, c'est aussi un secteur encore considéré comme un bastion de l'influence et de la puissance des blancs. Moins de 1% des sociétés productrices appartiennent à des hommes d'affaires noirs".2
Ces indéniables succès ne doivent toutefois pas occulter la réalité raciale et sociale difficile du secteur viticole en Afrique du Sud. La viticulture demeure en effet l'un des pans de l'activité économique du pays où la politique de discrimination positive mise en place par le gouvernement dans le cadre du programme Black Economic Empowerment (BEE) a le plus de difficulté à donner des résultats concrets. En effet, "bien que la viticulture soit une industrie bien établie en Afrique du Sud, c'est aussi un secteur encore considéré comme un bastion de l'influence et de la puissance des blancs. Moins de 1% des sociétés productrices appartiennent à des hommes d'affaires noirs".2
L'organisation
Women in Wine a été créée en 2006 par un groupe de 20 femmes noires
professionnelles du vin venues d'horizons différents mais animées d'un amour
partagé pour la viticulture avec pour objectif de "donner aux femmes,
en particulier aux travailleuses dans les fermes et les vignobles ainsi qu'à
leur familles, la possibilité d'être partie prenante dans l'industrie viticole".3
Women in
Vine est ainsi devenue la première entreprise viticole exclusivement détenue,
contrôlée et gérée par des femmes qui ont en commun la volonté de faire
bénéficier les femmes employées dans le secteur des fruits économiques de son
dynamisme.
"Pour
réaliser cette vision que nous partagions de faire évoluer l'industrie du vin
sud-africain, nous avons du trouver des solutions nouvelles et créatives afin
de rompre avec les traditions selon lesquelles pour produire d'excellents vins,
vous devez avoir des terres, des vignes, des caves et d'une grande entreprise
pour les exportations", explique Beverly Farmer, fondatrice et PDG de
Women in Vine (Pty) Limited. Aussi, les associées de l'entreprise ont choisi de
miser sur leur expertise et sur l'élaboration de partenariats étroits avec des
fournisseurs de qualité, notamment issus de filières viticoles certifiées
Fairtrade.
L'une de
ces partenaires, par exemple, est Boland Kelder qui produit et fournit à Women
in Wine des vins répondant à des spécifications détaillées. Beverly Farmer s'en
explique : "Nous communiquons à nos fournisseurs nos demandes précises
et nous sommes très exigeantes car nos marques "Women in Wine" et
"Eden's Vineyards" sont les atouts majeurs de notre entreprise et
nous travaillons continuellement pour mettre en place une réputation de vins de
qualité supérieure".
Près de
500 travailleuses des fermes et vignobles de la région du Cap sont associées au
projet et bénéficient de sa croissance, auxquelles il faut ajouter environ un
millier de femmes propriétaires de tavernes dans ces provinces qui ont
également des participations significatives dans l'entreprise.
La
structure adoptée (sous forme fiduciaire partagée) leur permet ainsi de
partager les fruits de cette initiative qui connaît un franc succès sur les
marchés internationaux. Une organisation a d'ailleurs été mise sur pieds, la
"Farmworkers Women in Wine Trust", pour gérer une part de ces
bénéfices et mettre en œuvre des actions de développement des compétences et de
formation des ouvrières agricoles. Elle pilote également des projets au sein
des communautés pour améliorer la qualité de vie des femmes et des enfants dans
les exploitations agricoles et à favoriser la consommation responsable de vin.
Très
attachées à cette dimension sociale, les fondatrices et les membres de Women
Wine travaillent aujourd'hui à la préparation de la certification Fairtrade de
leur production de vins rouges et blancs. Pour ses efforts, l'entreprise a
remporté le Prix d'Ethique décerné par le célèbre magazine spécialisé
britannique "The Drinks Business".
"C'est
notre devoir et notre droit de prendre notre juste place dans les hautes
sphères économiques dominées par les hommes. La preuve de notre savoir-faire
est dans la saveur de notre produit et notre vin parle pour nous".4
Beverly Farmer, fondatrice et PDG de
Women in Vine (Pty) Limited.
Pour en savoir
plus : www.womeninwine.co.za
Texte : Dan Azria. Cet article est un extrait de la brochure "Les
femmes, actrices du commerce équitable" publiée par le Trade for Development Centre et
téléchargeable gratuitement sur www.befair.be/publications
1.Source
: "Ethical practice awards for SA wines" - www.southafrica.info - 8 janvier 2010
2. Source : http://ethicalwine.com/fairtrade
3. Source : www.womeninwine.co.za
4. Source : www.womeninwine.co.za
jeudi 27 septembre 2012
Les femmes, actrices du commerce équitable : Q’antati, les artisanes de Bolivie
Terre de contrastes, la Bolivie est le pays le plus élevé et l'un des
plus enclavés d'Amérique latine, coincé entre le Chili, le Pérou, le Paraguay,
le Brésil et l’Argentine. De la forêt Amazonienne à l’Altiplano aride, des
trésors des Andes aux souvenirs de l'empire Inca, la Bolivie est un pays d'une
diversité extraordinaire, tant au niveau des paysages que des hommes.
C'est aussi une
des nations les moins développées du continent, malgré des ressources minières
et énergétiques importantes. Près de la moitié de la population vit sous le
seuil de pauvreté, en particulier dans les campagnes et sur les hauts-plateaux.
Pourtant, des progrès très sensibles ont été enregistrés ces dernières années
au niveau social qui ont en particulier profité aux femmes du pays. Elles sont
ainsi plus de 700 000 à avoir appris à lire et à écrire grâce à la campagne d'alphabétisation "Yo sí puedo"
lancée en 2006 (plus de 85 % des bénéficiaires sont des femmes) et nombreuses
sont celles qui témoignent de l'importance de ce programme comme vecteur
d'accès aux ressources et au droit1.
Mais en dépit de
ces efforts gouvernementaux qui placent la Bolivie en bonne position pour
atteindre les Objectifs du Millénaire en termes d'éducation (97 % d'adultes
alphabétisés et parité des sexes dans l’éducation primaire et secondaire d’ici
2015), les fléaux qui affectent le pays sont tels que la réduction significative
de la pauvreté reste un objectif difficile à atteindre. Corruption,
infrastructures défaillantes, cultures illicites, endettement,… autant de
freins au développement économique et social du pays.
Et cette misère,
qui touche en particulier les zones rurales et les communautés indigènes, a
pour principales victimes les femmes qui sont douloureusement confrontées aux
problèmes de violence conjugale et domestique (un fléau particulièrement
difficile à endiguer en Amérique latine) et de sous-représentation dans les
structures dirigeantes des organisations politiques, économiques et sociales.
Q'Antati - Créer pour exister
En 1974, un
groupe d'artisanes, dont une majorité issue de l'ethnie indienne Aymara, décide
de se structurer en groupement pour valoriser leur savoir-faire artisanal et
proposer ensemble une gamme deproduits susceptibles de séduire les marchés
nationaux et internationaux. Nommée Asociación de Artesanos Q'Antati
("aube" en langue aymara), la nouvelle organisation associe des
communautés féminines rurales des montagnes ainsi que des groupes de femmes des
régions urbaines autour de La Paz. Chacune de ces unités se spécialise dans une
forme d'artisanat traditionnel.
Les techniques
utilisées pour la création de ces vêtements (gants, bonnets, écharpes, etc.) et
couvertures en laine d'alpaga, de ces instruments de musique et objets
décoratifs sont héritées des savoir-faire que les Indiennes se transmettent de
mères en filles depuis des générations. Pour bon nombre de ces femmes indigènes
des hauts-plateaux, les ressources générés par la vente de ces objets par leur
organisation constituent un complément de revenus important qui s'ajoute aux
recettes des ventes agricoles.
L'organisation
fédère aujourd'hui douze groupements regroupant quelque 450 femmes artisanes
qui filent, tissent, brodent, sculptent et taillent ces objets et textiles dans
le respect des traditions ancestrales.
Développement équitable
Fondée sur les
principes d'autogestion et de partage, l'organisation centrale intervient
beaucoup en appui de ses membres par le biais de formations techniques (à
l’innovation, à la gestion de production, et à l'intégration en filières) mais
aussi pour moderniser les équipements de production (dans le respect absolu des
savoir-faire traditionnels) des communautés de femmes qui sont ses membres. Par
ailleurs, celles-ci réfléchissent depuis peu à la mise sur pied d'un projet de
tourisme équitable et, en parallèle, au développement de réseaux de commerce
équitable Sud-Sud.
Membre de
l'Organisation Mondiale du Commerce Equitable (WFTO), Q'Antati est souvent
citée comme référence en matière de commerce équitable pour et par les femmes.
Dans un pays économiquement et socialement fragile, l'organisation des
artisanes indigènes boliviennes a réussi à associer des communautés réparties
sur des territoires très différents et à fédérer les volontés de chacune pour
créer une identité commune, synonyme de solidarité, de fierté et de
traditions.
Texte : Texte : Dan Azria - Phenyx43, Florence
Neyrinck. Cet article est un extrait de la brochure "Les
femmes, actrices du commerce équitable" publiée par le Trade for Development Centre et
téléchargeable gratuitement sur www.befair.be/publications
Source : "700 000 femmes boliviennes cessent d’être analphabètes" - 22 mars 2011 - Comité Amérique Latine du Jura - www.lecalj.com
Source : "700 000 femmes boliviennes cessent d’être analphabètes" - 22 mars 2011 - Comité Amérique Latine du Jura - www.lecalj.com
Crédits photos :
- Aymaras (Equateur) © Helen Marsh / Practical Action- Equateur - Crédit : MacJewell
- Aymaras (Equateur) © Helen Marsh / Practical Action- Equateur - Crédit : MacJewell
Femmes actrices du commerce équitable : Jambi Kiwa - Equateur
Héritage de l'Histoire, en Equateur, les
questions de genre se mêlent aux questions ethniques. Sur les quelque 12,5
millions d’Équatoriens, plus de trois millions et demi sont des indigènes, qui
se répartissent en onze ethnies, la principale étant l’ethnie quichua qui vit
dans la région andine et en Amazonie. Aux inégalités hommes-femmes s'ajoutent
des clivages ethniques et sociaux qui font qu'aujourd'hui, la situation des
femmes blanches d'origine hispanique vivant en milieu urbain a peu à voir avec
celles des femmes autochtones des zones les plus rurales du pays.
Si les premières ont tiré profit des avancées majeures qui ont été intégrées à
la nouvelle constitution adoptée en 2008, c'est beaucoup moins vrai pour les
descendantes des premiers peuples du continent, ainsi que l'explique Rosa
Rodríguez, spécialiste équatorienne des questions de développement et de genre
: "Les femmes ont gagné des espaces de plus en plus importants pour
créer des conditions d’égalité et développer une pleine participation à la vie
économique, politique, sociale et culturelle du pays en construisant leur
citoyenneté". Mais cette avancée ne concerne pas encore la majorité
des femmes autochtones du pays, estime-t-elle en ajoutant : "C’est un
processus permanent d’exclusion; la situation des femmes indigènes a été
marquée par une double discrimination, ethnique et sexuelle. C’est pourquoi les
progrès dans la participation publique ne concernent pas encore la majorité des
femmes".1
Gardiennes des savoirs et des
traditions ancestrales, les femmes indigènes en Equateur, comme celles
d'origine africaine, commencent pourtant à s'exprimer, à s'organiser et à
revendiquer leurs droits au sein de sociétés caractérisées par des cultures
patriarcales et machistes. Longtemps, ces progrès ont été limités par la
pauvreté et la misère mais, aujourd'hui, à la faveur de la croissance et du
développement du pays, les questions de genre, de citoyenneté et d'égalité sont
de plus en plus prises en compte.
Les années de lutte
Pendant des siècles, la colonisation espagnole a privé
les Indiens des Andes de leurs terres, les a condamnés au servage et au travail
forcé dans les haciendas détenues et gérées par les grands propriétaires
fonciers. Dans la région du Chimborazo où vivent les Indiens Puruha, ce système
a perduré jusqu'au XXème siècle et résisté à toute tentative de réforme. Les
indigènes y vivaient une sorte d'apartheid qui les excluait des principaux
services publics (en particulier les écoles) et les traitait comme des êtres
inférieurs. Il faudra attendre les années 1960 et l'engagement historique de
l'évêque de Riobamba Monseigneur Proaño aux côtés des populations autochtones
pour que s'engage un premier mouvement d'émancipation. Les communautés
indiennes s'organisent et revendiquent leurs droits sur les terres où elles
vivent. Ce n'est que dans les années 1990, après des décennies de luttes et de
violences sociales, que ces demandes aboutissent et qu'une partie de ce
patrimoine leur est restituée.
Vies de femmes
Les populations indigènes du Chimborazo ont récupéré
certaines de leurs terres mais la pauvreté et la pression démographique et
foncière sont telles que la plupart des hommes en âge de travailler quittent la
région et vont dans les villes ou les grandes exploitations. Ils partent
généralement après les labours et ne reviennent au village qu'au moment de la
récolte. En leur absence, ce sont les femmes qui s'occupent des terres et des
quelques animaux (cochons, moutons, etc.) qui les font vivre.
C'est dans ce contexte qu'est née en 1999 l'association
Jambi Kiwa avec pour objectif la création d'activités économiques nouvelles
susceptibles d'enrayer la pauvreté endémique qui frappe ces familles, de
réduire l'exode rural et de permettre à ces femmes de contribuer de manière
sensible aux ressources de leurs communautés en valorisant leurs savoir-faire
ancestraux.2
Très vite, l'association de femmes s'engage dans la
production et la commercialisation de plantes médicinales et d'herbes
aromatiques. Activité traditionnelle des femmes indigènes, la culture de ces
végétaux aux nombreuses vertus exige peu d'investissement (un petit jardin
irrigué avec l'eau de consommation) et des travaux d'entretien relativement
modestes pour celles qui en connaissent les secrets et se les transmettent de
génération en génération.
Des marchés des Andes aux boutiques équitables
Durant les premières années, les femmes de l'association
vendent leurs mélanges savants (composés de plusieurs dizaines de plantes médicinales) sur
les marchés des villages puis auprès des citadins équatoriens qui les
apprécient énormément. Forte de ses succès sur les marchés locaux,
l'association décide d'améliorer et d'accroitre sa production. Les plantes
(dont un grand nombre sont propres à la flore andine) sont associées entre
elles et cultivées en terrasses sans aucune utilisation de produits chimiques.
Le terreau est enrichi par des composts faits de résidus organiques mélangés au
fumier des volailles et du petit bétail. Des vers de terre (élevés dans des
casiers adaptés) transforment ce compost en un humus de qualité.
L'initiative
remporte un grand succès et, pour gérer cette croissance, l'association (qui
compte alors près de 400 femmes) acquiert un bâtiment, avec l'aide du diocèse
de Riobamba, où sont installés un séchoir et des hachoirs adéquats.
L'organisation passe ainsi d'un mode de production artisanal à une petite
industrie de fabrication de tisanes et de mélanges d'herbes destinés aux
marchés locaux mais aussi aux boutiques de Quito, la capitale.
En
2004, la production atteint les 10 tonnes de plantes séchées. Une nouvelle
unité de transformation est alors construite et équipée de séchoirs plus
performants et de hachoirs plus modernes. C'est à ce moment-là que
l'Association obtient la certification du commerce équitable (Fairtrade) et
commence à exporter sa production.
Mieux vivre avec le commerce équitable
Partagés entre les femmes productrices, les nouveaux
revenus générés ont par ailleurs contribué à réduire les migrations et à
favoriser le maintien des familles sur leurs terres. Aujourd'hui, l'association
compte près de 650 femmes et ses produits sont exportés en Europe, au Canada et
aux Etats-Unis. Une nouvelle dynamique s'est ainsi mise en place qui a permis
de favoriser la création d'infrastructures, l'ouverture d'écoles et
d'équipements communautaires. Tout cela, grâce aux femmes et à leurs savoirs.
En savoir plus : www.jambikiwa.net
Texte : Dan Azria - Phenyx43, Florence Neyrinck. Cet article est extrait de la brochure "Les
femmes, actrices du commerce équitable" publiée par le Trade for
Development Centre et téléchargeable gratuitement sur
1Source : Kintto Lucas, "Equateur - La longue marche des femmes indigènes" - www.alterinfos.org
Crédit photo : Presidencia de la República del Ecuador
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