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mardi 9 octobre 2012

Women in Wine : des productrices de vin équitable en Afrique du Sud

L'Afrique du Sud est l'un des principaux producteurs de produits agricoles équitables dans le monde et le vin certifié Fairtrade fait véritablement office de vitrine du commerce équitable sud-africain, de son dynamisme et de la qualité de ses produits. Ces vins ont acquis aujourd'hui une reconnaissance internationale réelle ainsi qu'en témoignent les nombreux prix obtenus ces dernières années par certains des millésimes rouges, blancs et pétillants produits par les viticulteurs certifiés Fairtrade.1

Ces indéniables succès ne doivent toutefois pas occulter la réalité raciale et sociale difficile du secteur viticole en Afrique du Sud. La viticulture demeure en effet l'un des pans de l'activité économique du pays où la politique de discrimination positive mise en place par le gouvernement dans le cadre du programme Black Economic Empowerment (BEE) a le plus de difficulté à donner des résultats concrets. En effet, "bien que la viticulture soit une industrie bien établie en Afrique du Sud, c'est aussi un secteur encore considéré comme un bastion de l'influence et de la puissance des blancs. Moins de 1% des sociétés productrices appartiennent à des hommes d'affaires noirs".2
 
Women in Wine, féminin, éthique et équitable

L'organisation Women in Wine a été créée en 2006 par un groupe de 20 femmes noires professionnelles du vin venues d'horizons différents mais animées d'un amour partagé pour la viticulture avec pour objectif de "donner aux femmes, en particulier aux travailleuses dans les fermes et les vignobles ainsi qu'à leur familles, la possibilité d'être partie prenante dans l'industrie viticole".3

Women in Vine est ainsi devenue la première entreprise viticole exclusivement détenue, contrôlée et gérée par des femmes qui ont en commun la volonté de faire bénéficier les femmes employées dans le secteur des fruits économiques de son dynamisme.

Whitewine South Africa - Crédit  Merlin Bungart"Pour réaliser cette vision que nous partagions de faire évoluer l'industrie du vin sud-africain, nous avons du trouver des solutions nouvelles et créatives afin de rompre avec les traditions selon lesquelles pour produire d'excellents vins, vous devez avoir des terres, des vignes, des caves et d'une grande entreprise pour les exportations", explique Beverly Farmer, fondatrice et PDG de Women in Vine (Pty) Limited. Aussi, les associées de l'entreprise ont choisi de miser sur leur expertise et sur l'élaboration de partenariats étroits avec des fournisseurs de qualité, notamment issus de filières viticoles certifiées Fairtrade.

L'une de ces partenaires, par exemple, est Boland Kelder qui produit et fournit à Women in Wine des vins répondant à des spécifications détaillées. Beverly Farmer s'en explique : "Nous communiquons à nos fournisseurs nos demandes précises et nous sommes très exigeantes car nos marques "Women in Wine" et "Eden's Vineyards" sont les atouts majeurs de notre entreprise et nous travaillons continuellement pour mettre en place une réputation de vins de qualité supérieure".

Près de 500 travailleuses des fermes et vignobles de la région du Cap sont associées au projet et bénéficient de sa croissance, auxquelles il faut ajouter environ un millier de femmes propriétaires de tavernes dans ces provinces qui ont également des participations significatives dans l'entreprise.
 
La structure adoptée (sous forme fiduciaire partagée) leur permet ainsi de partager les fruits de cette initiative qui connaît un franc succès sur les marchés internationaux. Une organisation a d'ailleurs été mise sur pieds, la "Farmworkers Women in Wine Trust", pour gérer une part de ces bénéfices et mettre en œuvre des actions de développement des compétences et de formation des ouvrières agricoles. Elle pilote également des projets au sein des communautés pour améliorer la qualité de vie des femmes et des enfants dans les exploitations agricoles et à favoriser la consommation responsable de vin.

Très attachées à cette dimension sociale, les fondatrices et les membres de Women Wine travaillent aujourd'hui à la préparation de la certification Fairtrade de leur production de vins rouges et blancs. Pour ses efforts, l'entreprise a remporté le Prix d'Ethique décerné par le célèbre magazine spécialisé britannique "The Drinks Business".

"C'est notre devoir et notre droit de prendre notre juste place dans les hautes sphères économiques dominées par les hommes. La preuve de notre savoir-faire est dans la saveur de notre produit et notre vin parle pour nous".4
Beverly Farmer, fondatrice et PDG de Women in Vine (Pty) Limited.

Pour en savoir plus :  www.womeninwine.co.za

Texte : Dan Azria. Cet article est un extrait de la brochure "Les femmes, actrices du commerce équitable" publiée par le  Trade for Development Centre et téléchargeable gratuitement sur www.befair.be/publications

1.Source : "Ethical practice awards for SA wines" - www.southafrica.info - 8 janvier 2010
2. Source : http://ethicalwine.com/fairtrade
4. Source : www.womeninwine.co.za

 

jeudi 27 septembre 2012

Les femmes, actrices du commerce équitable : Q’antati, les artisanes de Bolivie

Terre de contrastes, la Bolivie est le pays le plus élevé et l'un des plus enclavés d'Amérique latine, coincé entre le Chili, le Pérou, le Paraguay, le Brésil et l’Argentine. De la forêt Amazonienne à l’Altiplano aride, des trésors des Andes aux souvenirs de l'empire Inca, la Bolivie est un pays d'une diversité extraordinaire, tant au niveau des paysages que des hommes.

 
C'est aussi une des nations les moins développées du continent, malgré des ressources minières et énergétiques importantes. Près de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté, en particulier dans les campagnes et sur les hauts-plateaux. Pourtant, des progrès très sensibles ont été enregistrés ces dernières années au niveau social qui ont en particulier profité aux femmes du pays. Elles sont ainsi plus de 700 000 à avoir appris à lire et à écrire grâce à la campagne d'alphabétisation "Yo sí puedo" lancée en 2006 (plus de 85 % des bénéficiaires sont des femmes) et nombreuses sont celles qui témoignent de l'importance de ce programme comme vecteur d'accès aux ressources et au droit1.

Mais en dépit de ces efforts gouvernementaux qui placent la Bolivie en bonne position pour atteindre les Objectifs du Millénaire en termes d'éducation (97 % d'adultes alphabétisés et parité des sexes dans l’éducation primaire et secondaire d’ici 2015), les fléaux qui affectent le pays sont tels que la réduction significative de la pauvreté reste un objectif difficile à atteindre. Corruption, infrastructures défaillantes, cultures illicites, endettement,… autant de freins au développement économique et social du pays.
 
Et cette misère, qui touche en particulier les zones rurales et les communautés indigènes, a pour principales victimes les femmes qui sont douloureusement confrontées aux problèmes de violence conjugale et domestique (un fléau particulièrement difficile à endiguer en Amérique latine) et de sous-représentation dans les structures dirigeantes des organisations politiques, économiques et sociales.
 
 


Q'Antati - Créer pour exister

En 1974, un groupe d'artisanes, dont une majorité issue de l'ethnie indienne Aymara, décide de se structurer en groupement pour valoriser leur savoir-faire artisanal et proposer ensemble une gamme deproduits susceptibles de séduire les marchés nationaux et internationaux. Nommée Asociación de Artesanos Q'Antati ("aube" en langue aymara), la nouvelle organisation associe des communautés féminines rurales des montagnes ainsi que des groupes de femmes des régions urbaines autour de La Paz. Chacune de ces unités se spécialise dans une forme d'artisanat traditionnel.
 
Les techniques utilisées pour la création de ces vêtements (gants, bonnets, écharpes, etc.) et couvertures en laine d'alpaga, de ces instruments de musique et objets décoratifs sont héritées des savoir-faire que les Indiennes se transmettent de mères en filles depuis des générations. Pour bon nombre de ces femmes indigènes des hauts-plateaux, les ressources générés par la vente de ces objets par leur organisation constituent un complément de revenus important qui s'ajoute aux recettes des ventes agricoles.
L'organisation fédère aujourd'hui douze groupements regroupant quelque 450 femmes artisanes qui filent, tissent, brodent, sculptent et taillent ces objets et textiles dans le respect des traditions ancestrales.
 

Développement équitable


Fondée sur les principes d'autogestion et de partage, l'organisation centrale intervient beaucoup en appui de ses membres par le biais de formations techniques (à l’innovation, à la gestion de production, et à l'intégration en filières) mais aussi pour moderniser les équipements de production (dans le respect absolu des savoir-faire traditionnels) des communautés de femmes qui sont ses membres. Par ailleurs, celles-ci réfléchissent depuis peu à la mise sur pied d'un projet de tourisme équitable et, en parallèle, au développement de réseaux de commerce équitable Sud-Sud.
Membre de l'Organisation Mondiale du Commerce Equitable (WFTO), Q'Antati est souvent citée comme référence en matière de commerce équitable pour et par les femmes. Dans un pays économiquement et socialement fragile, l'organisation des artisanes indigènes boliviennes a réussi à associer des communautés réparties sur des territoires très différents et à fédérer les volontés de chacune pour créer une identité commune, synonyme de solidarité, de fierté et de traditions. 
 
Texte : Texte : Dan Azria - Phenyx43, Florence Neyrinck. Cet article est un extrait de la brochure "Les femmes, actrices du commerce équitable" publiée par le  Trade for Development Centre et téléchargeable gratuitement sur www.befair.be/publications


Source : "
700 000 femmes boliviennes cessent d’être analphabètes" - 22 mars 2011 - Comité Amérique Latine du Jura - www.lecalj.com
Crédits photos :
- Aymaras (Equateur) © Helen Marsh / Practical Action
- Equateur - Crédit : MacJewell

Femmes actrices du commerce équitable : Jambi Kiwa - Equateur

Héritage de l'Histoire, en Equateur, les questions de genre se mêlent aux questions ethniques. Sur les quelque 12,5 millions d’Équatoriens, plus de trois millions et demi sont des indigènes, qui se répartissent en onze ethnies, la principale étant l’ethnie quichua qui vit dans la région andine et en Amazonie. Aux inégalités hommes-femmes s'ajoutent des clivages ethniques et sociaux qui font qu'aujourd'hui, la situation des femmes blanches d'origine hispanique vivant en milieu urbain a peu à voir avec celles des femmes autochtones des zones les plus rurales du pays.  

Si les premières ont tiré profit des avancées majeures qui ont été intégrées à la nouvelle constitution adoptée en 2008, c'est beaucoup moins vrai pour les descendantes des premiers peuples du continent, ainsi que l'explique Rosa Rodríguez, spécialiste équatorienne des questions de développement et de genre : "Les femmes ont gagné des espaces de plus en plus importants pour créer des conditions d’égalité et développer une pleine participation à la vie économique, politique, sociale et culturelle du pays en construisant leur citoyenneté". Mais cette avancée ne concerne pas encore la majorité des femmes autochtones du pays, estime-t-elle en ajoutant : "C’est un processus permanent d’exclusion; la situation des femmes indigènes a été marquée par une double discrimination, ethnique et sexuelle. C’est pourquoi les progrès dans la participation publique ne concernent pas encore la majorité des femmes".1
Gardiennes des savoirs et des traditions ancestrales, les femmes indigènes en Equateur, comme celles d'origine africaine, commencent pourtant à s'exprimer, à s'organiser et à revendiquer leurs droits au sein de sociétés caractérisées par des cultures patriarcales et machistes. Longtemps, ces progrès ont été limités par la pauvreté et la misère mais, aujourd'hui, à la faveur de la croissance et du développement du pays, les questions de genre, de citoyenneté et d'égalité sont de plus en plus prises en compte.
 

Les années de lutte

Pendant des siècles, la colonisation espagnole a privé les Indiens des Andes de leurs terres, les a condamnés au servage et au travail forcé dans les haciendas détenues et gérées par les grands propriétaires fonciers. Dans la région du Chimborazo où vivent les Indiens Puruha, ce système a perduré jusqu'au XXème siècle et résisté à toute tentative de réforme. Les indigènes y vivaient une sorte d'apartheid qui les excluait des principaux services publics (en particulier les écoles) et les traitait comme des êtres inférieurs. Il faudra attendre les années 1960 et l'engagement historique de l'évêque de Riobamba Monseigneur Proaño aux côtés des populations autochtones pour que s'engage un premier mouvement d'émancipation. Les communautés indiennes s'organisent et revendiquent leurs droits sur les terres où elles vivent. Ce n'est que dans les années 1990, après des décennies de luttes et de violences sociales, que ces demandes aboutissent et qu'une partie de ce patrimoine leur est restituée.


Vies de femmes

Les populations indigènes du Chimborazo ont récupéré certaines de leurs terres mais la pauvreté et la pression démographique et foncière sont telles que la plupart des hommes en âge de travailler quittent la région et vont dans les villes ou les grandes exploitations. Ils partent généralement après les labours et ne reviennent au village qu'au moment de la récolte. En leur absence, ce sont les femmes qui s'occupent des terres et des quelques animaux (cochons, moutons, etc.) qui les font vivre.
C'est dans ce contexte qu'est née en 1999 l'association Jambi Kiwa avec pour objectif la création d'activités économiques nouvelles susceptibles d'enrayer la pauvreté endémique qui frappe ces familles, de réduire l'exode rural et de permettre à ces femmes de contribuer de manière sensible aux ressources de leurs communautés en valorisant leurs savoir-faire ancestraux.2
Très vite, l'association de femmes s'engage dans la production et la commercialisation de plantes médicinales et d'herbes aromatiques. Activité traditionnelle des femmes indigènes, la culture de ces végétaux aux nombreuses vertus exige peu d'investissement (un petit jardin irrigué avec l'eau de consommation) et des travaux d'entretien relativement modestes pour celles qui en connaissent les secrets et se les transmettent de génération en génération.  

Des marchés des Andes aux boutiques équitables

Durant les premières années, les femmes de l'association vendent leurs mélanges savants (composés de plusieurs dizaines de plantes médicinales) sur les marchés des villages puis auprès des citadins équatoriens qui les apprécient énormément. Forte de ses succès sur les marchés locaux, l'association décide d'améliorer et d'accroitre sa production. Les plantes (dont un grand nombre sont propres à la flore andine) sont associées entre elles et cultivées en terrasses sans aucune utilisation de produits chimiques. Le terreau est enrichi par des composts faits de résidus organiques mélangés au fumier des volailles et du petit bétail. Des vers de terre (élevés dans des casiers adaptés) transforment ce compost en un humus de qualité.
L'initiative remporte un grand succès et, pour gérer cette croissance, l'association (qui compte alors près de 400 femmes) acquiert un bâtiment, avec l'aide du diocèse de Riobamba, où sont installés un séchoir et des hachoirs adéquats. L'organisation passe ainsi d'un mode de production artisanal à une petite industrie de fabrication de tisanes et de mélanges d'herbes destinés aux marchés locaux mais aussi aux boutiques de Quito, la capitale.
En 2004, la production atteint les 10 tonnes de plantes séchées. Une nouvelle unité de transformation est alors construite et équipée de séchoirs plus performants et de hachoirs plus modernes. C'est à ce moment-là que l'Association obtient la certification du commerce équitable (Fairtrade) et commence à exporter sa production.

 


 


Mieux vivre avec le commerce équitable

Le développement des activités de Jambi Kiwa a eu un impact significatif sur la qualité de vie des femmes du Chimborazo et de leurs communautés. La vente de ces herbes médicinales, aromatiques et condimentaires a ainsi accru les ressources des familles de manière significative et l'intégration de la filière sur le territoire a généré la création d'emplois nouveaux sur les sites de traitement et de conditionnement. Inspirée par le dynamisme de ses membres, la coopérative (qui a obtenu la certification biologique BCS Oko) s'est appropriée de nouvelles compétences en particulier en matière d'agriculture biologique et de conseil aux productrices. En plus des programmes d'alphabétisation, des formations leur sont ainsi proposées en matière de rotation des plantations, de cultures associées, de fertilisation naturelle, de conservation des sols ou bien encore d'agroforesterie.
Partagés entre les femmes productrices, les nouveaux revenus générés ont par ailleurs contribué à réduire les migrations et à favoriser le maintien des familles sur leurs terres. Aujourd'hui, l'association compte près de 650 femmes et ses produits sont exportés en Europe, au Canada et aux Etats-Unis. Une nouvelle dynamique s'est ainsi mise en place qui a permis de favoriser la création d'infrastructures, l'ouverture d'écoles et d'équipements communautaires. Tout cela, grâce aux femmes et à leurs savoirs.

En savoir plus : www.jambikiwa.net

Texte : Dan Azria - Phenyx43, Florence Neyrinck. Cet article est extrait de la brochure "Les femmes, actrices du commerce équitable" publiée par le Trade for Development Centre et téléchargeable gratuitement sur


1Source : Kintto Lucas, "Equateur - La longue marche des femmes indigènes" - www.alterinfos.org
2Source : www.ethiquable.coop

Crédit photo : Presidencia de la República del Ecuador