lundi 1 octobre 2012

Commerce équitable et zones de conflit : le divin chocolat de Sierra Leone

Jusqu’à la guerre civile de 1991, l’histoire du pays est indissociable de l’exploitation de ses prodigieuses mines de diamants qui ont souvent détourné les élites politiques et économiques des réformes structurelles nécessaires pour instaurer la démocratie.

De 1991 à 2002, la guerre civile ensanglante le pays, provoquant dans son sillage certaines des pires atrocités de l’histoire contemporaine. Cette guerre, qui avait pour principal but le contrôle des zones diamantifères, a causé la mort de près de 200 000 personnes et le déplacement de plus de deux millions de personnes (soit le tiers de la population de l’époque). De très nombreuses mutilations eurent également lieu, ainsi que l’emploi massif d’enfants soldats.

Le pays est actuellement en paix. Les différentes mesures prises par l’ONU sont progressivement réduites, voire supprimées, comme la levée de l’embargo sur l’exportation des diamants du sang. Cependant, pour des raisons économiques, de nombreux enfants travaillent toujours dans les mines dans des conditions très dangereuses. La propagation du Sida y est également très importante, 16 000 enfants de moins de 15 ans étant séropositifs.

En 2000, l’Indicateur de Développement Humain (IDH) était de 0,275 pour la Sierra Leone, le pays le moins développé du monde1. Depuis, des progrès remarquables ont été accomplis mais le niveau de développement reste faible et la Sierra Leone occupe en 2011 la 180ème place (sur 187) du classement établi par le Programme des Nations-unies pour le Développement.

LE DIVIN CHOCOLAT DE SIERRA LEONE

Dans le monde des communautés de producteurs du commerce équitable ou durable, Divine Chocolate fait figure à la fois de pionnier et d'exemple.

En 1998, la coopérative ghanéenne de production de cacao Kuapa Kokoo s'engage en effet dans une démarche commerciale intégrée en créant au Royaume-Uni l’enseigne commerciale Day Chocolate et sa propre marque de chocolat Divine Chocolate2 distribuée en direct sur le marché anglais. Cette maîtrise de l’ensemble de la chaîne de valeur du produit, de la production à la distribution, constituait un progrès majeur et une chance énorme pour les producteurs de cacao ghanéens de Kuapa Kokoo3.

Au début de l'année 2010, Divine Chocolate annonce fièrement qu'après des années de travail avec les producteurs de Sierra Leone soutenus par Kuapa Kokoo et l'organisation Twin, un premier conteneur de cacao certifié Fair Trade produit par la coopérative Kpeya Agricultural Enterprise (KAE) est intégré dans les recettes de la marque.

LA COOPÉRATIVE KPEYA AGRICULTURAL ENTERPRISE

Basé à Kenema, à près de 300 kilomètres de la capitale Freetown, Kpeya Agricultural Enterprise compte plus de 1200 membres organisés en 50 comités de village. Créée en 1996, pendant la guerre civile, cette coopérative a survécu tant bien que mal aux violences et aux exactions. Sa croissance est due en grande partie au travail d'un homme, Ibrahim Moseray, cultivateur de cacao de son état et directeur général de l'organisation, qui a réussi à convaincre les autres producteurs des avantages de faire partie d'une coopérative soucieuse du bien-être de ses membres.


Avec l'aide de TWIN, l'organisation d'appui au commerce équitable (partenaire de CaféDirect et de Divine Chocolate), de la FAO et de l'agence allemande Agro Action, KAE a non seulement appris aux producteurs à cultiver et commercialiser un cacao de meilleure qualité mais aussi à s'organiser sur la base de structures démocratiques multiethniques.
Les défis à relever pour développer une coopérative naissante sont beaucoup plus importants en Sierra Leone qu'ils ne l'étaient au Ghana lors de la création de Kuapa Kokoo. Le marché s'est libéralisé, la concurrence s'est accrue et, surtout, les producteurs dépendaient auparavant des opérateurs qui achetaient leur cacao avant qu'il ne soit récolté (pendant "la saison de la faim") pour imposer des prix extrêmement bas.

Comme l'explique Ibrahim Moseray, cette situation est à l'origine de son projet : «Je suis un cultivateur de cacao et mes parents l'étaient avant moi. Pendant la guerre, j'ai vu mes frères se battre et j'ai vu comment les acheteurs nous trompaient. Je voulais faire quelque chose pour que nous ayons une vie meilleure»4.

Rapidement, les autres agriculteurs ont commencé à rejoindre la KAE pour bénéficier des prix plus élevés, ainsi que des aides à la production. Jusque là, le cacao exporté de la Sierra Leone était généralement considéré comme étant d'une qualité médiocre. Les membres de KAE ont appris à produire un meilleur cacao grâce à l'amélioration des techniques de fermentation et de séchage, ce qui leur a permis de bénéficier des primes du commerce équitable que leur accorde Divine Chocolate.

Avec ces nouvelles ressources, la coopérative Kpeya Agricultural Enterprise a pu construire une école et payer un enseignant qui vient tous les jours. Les entrepôts de cacao ont été rénovés et la coopérative s'est dotée de nouveaux bureaux et d'un magasin à Kenema5.


Pour en savoir plus :

www.divinechocolate.com
www.kuapakokoo.com


Texte : Dan Azria. Extrait de la brochure du Trade for Development Centre : "Le commerce équitable en zones de conflit", téléchargeable gratuitement ou consultable en ligne sur issuu.


Crédits photos : TransFair USA - Divine Chocolate


1. Source : Wikipedia - www.wikipedia.org
2. Source : www.divinechocolate.com
3. Source : «Le commerce équitable des cosmétiques «, une brochure du Trade for Development Centre
Téléchargeable gratuitement sur : www.befair.be/fr/articles/www-befair-be/2-ressources/ressources.cfm
4. Cité dans dans : « Why the First Fair Trade Cocoa from Sierra Leone is Divine» - Chicago Fair Trade - www.chicagofairtrade.org
5. Idem

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