samedi 31 août 2019

La Commission renforce l'action de l'UE en matière de protection et de restauration des forêts

Le 23 juillet 2019, la Commission européenne a adopté une communication sur un nouveau cadre d'actions pour la protection et la restauration des forêts dans le monde, qui hébergent 80% de la biodiversité sur terre, procurent les moyens de subsistance d'environ un quart de la population mondiale, et sont vitales dans nos efforts pour lutter contre le changement climatique. Optimisme prudent des ONG.

Greenpeace - Jeremy Sutton-Hibbert 
L'approche renforcée porte à la fois sur l'offre et sur la demande. Elle introduit des mesures relatives à une coopération internationale renforcée avec les parties prenantes et les États membres, à la promotion des financements durables, à une meilleure utilisation des terres et des ressources, à une création d'emplois et une gestion de la chaîne d'approvisionnement durables, ainsi qu'à une recherche et à une collecte de données ciblées. Elle lance également une évaluation relative aux mesures réglementaires qui pourraient être prises pour minimiser l'incidence de la consommation de l'UE sur la déforestation et la dégradation des forêts.

L'approche européenne est une réponse à la destruction massive et continue des forêts de la planète; une superficie de 1,3 million de kilomètres carrés a été perdue entre 1990 et 2016, soit environ l'équivalent de 800 terrains de football par heure. Cette déforestation résulte principalement de la demande de denrées alimentaires, d'aliments pour animaux, de biocarburants, de bois et d'autres produits de base.

Les émissions de gaz à effet de serre liées à la déforestation constituent la deuxième cause du changement climatique. La protection des forêts est donc un élément important de notre responsabilité quant au respect des engagements pris dans le cadre de l'accord de Paris. D'un point de vue économique et social, les forêts fournissent les moyens de subsistance d'environ 25 % de la population mondiale et sont également le symbole de valeurs culturelles, sociétales et spirituelles irremplaçables.
La communication de la Commission a un double objectif: d'une part, protéger et améliorer la santé des forêts existantes, en particulier les forêts primaires, et d'autre part, accroître sensiblement la surface forestière au niveau mondial, en garantissant son caractère durable et biodiversifié.

La Commission a défini cinq priorités:

  • réduire l'empreinte de consommation de l'UE sur la terre et encourager la consommation de produits issus de chaînes d'approvisionnement sans déforestation dans l'UE;
  • travailler en partenariat avec les pays producteurs afin de réduire les pressions sur les forêts et de parvenir à une coopération au développement ne contribuant pas à la déforestation;
  • renforcer la coopération internationale pour mettre un terme à la déforestation et à la dégradation des forêts et encourager la restauration des forêts;
  • réorienter le financement vers des pratiques d'affectation des sols plus durables;
  • veiller à la disponibilité et à la qualité des informations sur les forêts et les chaînes d'approvisionnement des produits de base, faciliter l'accès à ces informations et soutenir la recherche et l'innovation.

Des actions visant à réduire la consommation de l'UE
 et à encourager l'utilisation de produits issus des chaînes d'approvisionnement sans déforestation seront examinées dans le contexte d'une nouvelle plateforme pluripartite sur la déforestation, la dégradation des forêts et la régénération des forêts, qui réunira un large éventail d'acteurs concernés. La Commission encouragera également la mise en place de systèmes de certification renforcés pour les produits qui ne participent pas à la déforestation et elle étudiera d'éventuelles mesures législatives axées sur la demande et d'autres mesures d'incitation.

La Commission travaillera en étroite collaboration avec les pays partenaires pour les aider à réduire les pressions qui s'exercent sur leurs forêts et elle veillera à ce que les politiques de l'UE ne contribuent pas à la déforestation et à la dégradation des forêts. Elle assistera ses partenaires dans l'élaboration et la mise en œuvre de vastes cadres nationaux relatifs aux forêts visant à favoriser une utilisation plus durable des forêts et à renforcer la durabilité des chaînes de valeur forestières.

Elle travaillera également dans le cadre de forums internationaux tels que la FAO, les Nations unies, le G7 et le G20, l'OMC et l'OCDE, et ce afin de renforcer la coopération relative aux actions et aux politiques dans ce domaine. Elle continuera de veiller à ce que les accords commerciaux négociés par l'UE contribuent à la gestion responsable et durable des chaînes d'approvisionnement mondiales et à ce qu'ils encouragent le commerce de produits agricoles et forestiers ne provoquant pas de déforestation ou de dégradation des forêts. Elle mettra aussi en place des mécanismes d'incitation pour les petits exploitants agricoles afin de les aider à maintenir et à renforcer les services écosystémiques et à adopter une agriculture et une gestion des forêts durables.
Afin d'améliorer la disponibilité et la qualité de l'information ainsi que l'accès à l'information sur les forêts et les chaînes d'approvisionnement, la Commission propose la création d'un observatoire de l'UE sur la déforestation et la dégradation des forêts, afin de surveiller et de mesurer les changements qui surviennent dans la couverture forestière au niveau mondial et les facteurs qui provoquent ces changements. Cette ressource donnera aux organismes publics, aux consommateurs et aux entreprises un meilleur accès à l'information sur les chaînes d'approvisionnement, en les encourageant à devenir plus durables. La Commission étudiera également la possibilité de renforcer l'utilisation du système satellite Copernicus pour la surveillance des forêts.

La Commission se concentrera sur la réorientation des financements publics et privés afin de contribuer à créer des incitations en faveur d'une gestion durable des forêts et de chaînes de valeur forestières durables, ainsi que pour la conservation de la surface forestière existante et la régénération durable d'une couverture supplémentaire. En collaboration avec les États membres, la Commission évaluera les mécanismes susceptibles de favoriser la finance verte en faveur des forêts et permettant de mobiliser des financements plus nombreux et plus importants.


Optimisme prudent des ONG
Han de Groot, PDG de Rainforest Alliance, a déclaré: «C’est une étape importante, mais ce n’est qu’un pas vers une nécessaire action de plus grande ampleur. L'UE doit se donner les moyens de traduire ces engagements en actions concrètes »

«La transparence des engagements volontaires de non-déforestation et l’exploration de mesures réglementaires sont des étapes essentielles pour éliminer la déforestation liée aux importations de l’UE d’ici 2030», a déclaré de son côté Henriette Walz, responsable de la déforestation pour Rainforest Alliance.
Pour Hannah Mowat, coordinatrice des campagnes pour Forêts et droits chez Fern : «La Commission a enfin ouvert la porte à la réglementation des importations de produits de base tels que l’huile de palme, le bœuf, le soja et le cacao, principaux moteurs de la déforestation mondiale et fortement associés aux violations des droits humains. Notre message est aujourd’hui adressé à Ursula von der Leyen: nous avons désespérément besoin de nouvelles lois obligeant les entreprises à démontrer que les produits qu'ils mettent sur le marché de l'UE ne sont pas entachés de déforestation ni d'atteintes aux droits de l'homme ».

La société civile du Ghana fait part de son optimisme prudent, la déforestation ayant augmenté de 60% en 2018, principalement en raison de la production de cacao, dont une grande partie est destinée à l'UE - le plus grand importateur, transformateur et consommateur du monde. «S'attaquer à la déforestation n'est pas possible sans répondre à la demande de l'UE pour les biens qui la génèrent», a déclaré Obed Owusu-Addai, militant à EcoCare, une ONG ghanéenne de plaidoyer  sur la défense des droits des communautés et les forêts.

«La présente communication reconnaît que le commerce avec les pays très forestiers peut avoir un impact négatif sur les forêts. Nous nous félicitons donc des propositions visant à inclure des dispositions spécifiques visant à garantir que le commerce des produits agricoles ne mène pas à la déforestation et à la dégradation des forêts, à condition qu’elles soient juridiquement contraignantes et exécutoires. Malheureusement, l'accord Mercosur ne contient aucune disposition spécifique à cet égard », conclut Mowat.

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